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Lettre 387·XVIII, folios : 323 324
Arlaud, Jean, seigneur de Névache alias Jean-Louis Borel, dit La Casette
M. de Gordes
Lettre non liée
Date non renseignée
Exilles
Laval
,

Transcription

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Monseigneur, je revins hyer de Suze, où j’estoys allé en partie
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pour entendre si ceulx de Pragella faisoyent provision d’armes et
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de pouldre comme l’on m’avoyt dit ; ce que j’ey veriffié par ung qui
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leur a vendu deux quintaulx de pouldre, et en sont allé cherché
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davantaige en Piedmont. Aussi j’advertiz le cappitaine du chasteau dudit Suze
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de quelques armes qu’ilz avoyent acheptez, qui les feist suivre et saisir
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à aulcuns quelques arquebuses en chemin. Et n’a guières que ceulx
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de ladite valée m’envoyarent ung consul avec ung present de
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deux beaux motons pour descouvrir de moy s’ilz auroyent
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dangier ; ce que luy remonstrais sellon mon oppinion le mieulx qu’il
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feust possible, mesmes qu’ilz avoyent besoing de cesser les presches,
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à quoy n’ey peu cognoistre qu’ilz ayent volunté de s’en desister. Et,
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comme plusieurs des principaulx d’eulx qui me vindrent aussi veoir à Suze
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m’ont descouvert, ilz ne treuvent poinct qu’ilz puissent estre
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maistres de ce fère. Et quand tout est dit, tous sont de ceste
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resolution. Au demeurant disent voulloir obeyr en tout et par tout au roy.
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Et du reste, promectront prou mais n’en feront rien, tellement
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que ne voys autre expedient pour les bien reduyre que
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de suivre l’ordre que avoit esté prins à Orleans, comme appert
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par arrest du conseil privé du temps du dernier roy Françoys,
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qu’estoit de y fère deux fortz, pour quelle occasion monsieur de
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Maugiron avoit lors en charge de lever deux mil hommes oultre
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les communes, et je avoys esté nommé gouverneur desdits fortz ;
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quoy advenant m’en recommande humblement à votre bon plaisir.
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Quand d’aller dans la valée pour y attrapper quelque ministre,
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suivant ce qu’il vous a pleu m’escripre par vostre dernière de Laval,
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je le ferey très voluntiers, mais il me semble que pour cella
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ne se reduyront, et m’asseure qu’il fauldra combattre,
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car ilz y font garde et preschent en cinq ou six lieuz,
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si bien que ayant cherché de attrapper l’ung, les autres
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demeurront en estre ; ou bien ilz fauldroit avoir
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[V°] grand nombre de gens pour donner par plusieurs coustez,
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ce que mal aysement se pourroit fère qu’ilz ne feussent advertiz
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pour gaigner Engrongne et retorneroyent au bout de quelque
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temps, que seroit tousjours à recomencer. Mais ayant
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une bride, ilz se volteront comme plaira au maistre.
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Toutesfoys, j’en actendz encores votre bon advis et
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comandement, que je ne manquerey, Dieu aydant, de mectre
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en exequution de tout mon possible. Au reste, j’ey faict
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la reverence à monsieur le cardinal Orsin, seigneur bien
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amyable et vertueux qui passast avant-hyer à Suze
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avec quarante cinq chevaulx à demye poste. Il s’en va légat
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en France avec plaine puissance comme s’il y estoit pape. Je
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le feuz rencontrer à Sainct Joyre et l’acompagnis jusques
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à La Nouvalèze avec aucune troppe. Je m’enquis de luy,
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entre autres choses de la victoire de laquelle je avoys
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escript à monseigneur d’Ambrun mentionnée en votredite lettre, et
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m’a dit que pour certain on la tint vraye à Rome plus de quatre
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jours, et puys l’on a treuvé que ce feust ung auteur qui
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la controva pour acompaigner et favoriser de plus les
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nouvelles de Paris qui leur sont estez tant agréables
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que ne se peult dire. Ilz commencent maintenant en Italie
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de parler d’ung aultre langaige qu’ilz ne faisoyent naguières.
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Bien dit ledit seigneur cardinal que les armées s’estoyent
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comparues, mais l’on ne scays encores ce que sera advenu
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et le Turc est bien fort nonobstant sa dernière perte.
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Les soldatz françoys s’en reviennent tous bien pouvres et
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malades et beaucoup y sont demeurez. N’ayant autre chose
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de nouveau pour vous escripre, s’il n’est que aulcuns des ministres
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qui continuent le presche en Pragella nonobstant l’edit de sa
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magesté ont des biens par-deçà, parquoy si vous le treuviés
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[324] bon, mon oppinion seroit les fère sequestrer par justice pour
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leur donner à cognoistre qu’il fault obeyr ; et vous plaira nous
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en comander votre bone volunté, vous suppliant très humblement
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au demeurant, tochant à nous payes du passé, voulloir continuer
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d’en recharcher à la court et à monsieur du Chastellart,
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et s’il vous plaist nous fère bailler les deux cartiers
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derniers, car monsieur de Leonne est fort difficille.
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Sur ce, je prierey le Createur,
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Monseigneur, vous voulloir donner en bonne santé
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très longue et très heureuse vie. D’Exilles, ce XXVIIe
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septembre 1572.
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Votre très humble et
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très hobeissant serviteur.
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La Casette
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Monseigneur, il vous plaira avoir esgard
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sus la forniture du boys de la garde,
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car ne moy, ne les soldatz ne scaurrions
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quel ordre y mectre avec si peu d’estat
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que nous avons, et n’a jamais esté
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que l’on n’ayt forni aux autres cappitaines
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